La Guyane

Après la sortie du fleuve ParaÏba et une traversée d’environ 1800 miles, un peu agitée aux dires de Torpen, les moyennes journalières sont bonnes, plus ou moins 150 miles par jour. Il faut dire qu’un courant nous aide bien et tant mieux, car le Kan er Mor aurait besoin d’une petite toilette.
Nous longeons les côtes du Brazil, au large de Natal, Belem et repassons dans l’hémisphère Nord au large de l’Oyapok fleuve frontière entre la Guyane et le Brésil. La mer bleue passe au vert, et avant la couleur café au lait, JM prend un bain.
Au matin du 3O septembre, j’aperçois l’îlet la mère, le père, les mamelles situées à l’entrée du port. Nous échouons dans la vase devant l’îlet la mère, en attendant la renverse du courant, avant d’embouquer le chenal de Dégrad des Cannes, principal port guyanais, 34 ans après notre premier séjour en Guyane. Il y avait un départ de fusée à Kourou à notre arrivée, rien vu, ni entendu. Sans doute, les ans en sont la cause..

Dans les blogs de certains navigateurs, sur certains pontons, il se dit que la marina de Dégrad des Cannes c’est nul, que les « résidents » de la marina ne sont pas sympas… Nous nous arrêtons malgré tout, attendant 2 colis de Bretagne. ( les ennuis commencent, pour les colis), merci Marion de nous les avoir récupérés.
Nous sommes super bien accueillis, nous avons vite tous les renseignements nécessaires. La marina est pleine, mais de toute façon, nous préférons mouiller, beaucoup de courant, de vent, et les pontons bougent. Nous retrouvons les « Galopin », qui nous font profiter d’une voiture pour le premier plein de vivres et une visite au zoo. Bon, c’est loin de Cayenne, des premiers super marchés, mais le stop fonctionnera super bien.

Patrice nous prête des guides sur la Guyane, Alain nous propose avant de se rendre à Stoupan d’aller au super marché avec lui Nous le suivrons sur le Mahury car les bouées du chenal sont un peu baladeuses. Que font les phares et balises guyanais ?

La Guyane c’est la forêt, envoûtante, avec ses bruits, ses criques, les papillons, les palétuviers, et des centaines voire plus d’arbres dont nous ignorons le nom . N’oublions pas les moustiques, les taons, les nonos, les tiques …mais l’arbre qui nous impressionne le plus, c’est le frangipanier (cerba pentandea) il peut atteindre 5O m de hauteur, il domine la canopée. Il produit des fleurs blanches en janvier, alors qu’il a perdu ses feuilles, il ne fleurit pas tous les ans. Les graines sont protégées par un duvet de fibres : le kapok. Eh oui, j’ai encore appris quelque chose. Voilà pourquoi il est si cher, mais je doute que celui qu’on peut acheter à Vannes soit guyanais.
Nous remonterons la crique Gabriel à la rame pour regarder, écouter,nous rappelant une certaine chasse aux papillons, un chavirage en pirogue, il y a déjà longtemps. Nous admirons les fleurs aériennes, mais éphémères du cacaoyer (tébroma cacao) présent à l’état sauvage dans la forêt amazonienne. Les fruits appelés cabosses renferment des fèves que l’on sèche, torréfie, elles sont orangées à maturité, et poussent à même le tronc comme le papayer, contrairement au Cacao rivière que nous trouvons sur les bords de la crique, leurs cabosses sont marrons. Il y a eu des plantations sur ces rives, qui sont maintenant abandonnées.

Lors de nos ballades en forêt, nous verrons des paresseux, des singes tamarins, des morphos, des colibris, des ibis rouges, pas faciles à photographier. Le long des fleuves et sur la côte, quelques oiseaux marins.

Nous voulions voir les oiseaux de la mangrove de Monjoly, près de Cayenne, hélas c’est la saison sèche et le marais est vraiment sec, mais nous aurons la chance d’assister à l’éclosion d’adorables tortues olivâtres.

Après une randonnée botanique, sur le sentier Trésor, nous apprendrons à reconnaître quelques arbres, plantes, mais je ne résiste pas à donner leurs noms créoles : arbres à boulet de canon, Marie derrière l’hôpital ou Marie crabe, le bois diable, le bois canon etc. Je récolte quelques graines: gousse de ti canot macaque, peignes macaques, des yeux bourriques, œil de bœuf.

Nous louons aussi pendant une semaine une voiture, ce qui nous a permis de visiter d’autres parties de la Guyane : Cacao et son village Mhong, Kaw et ses marais, Kourou et bien sûr Cayenne.

Une dernière corvée nous attend et qui ne peut attendre vu la densité de coquillages divers (huitres, balanes, moules …) collés sous la coque et qui ralentissent considérablement le bateau, le carénage.

Nous ne pouvons pas parler de la Guyane sans évoquer la déportation .

A l’issue de la guerre de 7 ans contre l’Angleterre, la France perd beaucoup de colonies. Le duc de Choiseul choisit la Guyane comme plate-forme de la reconquête de la suprématie française. En 1763, on décide de faire venir 12OOO européens pour assurer la défense et la mise en valeur des terres françaises : l’expédition de Kourou, très mal préparée. C’est un échec total, 11000 colons sur 14000 vont périr,( faim, maladies) les survivants se réfugient aux iles du diable, rebaptisées île du Salut. Cet échec fut à l’origine de la mauvaise réputation de la Guyane. L’abolition de l’esclavage en 1848 sonnait le glas de la main d’oeuvre à bon marché. L’exploitation agricole des jésuites à Loyola, près de Cayenne, employait plus de 5OO esclaves, exploitation pour financer leurs missions. A son apogée, Loyola, 12OO ha produisait cacao, café, coton, tafia, rhum, sucre, mélasse.
Nous comprenons mal d’ailleurs, pourquoi, il y a eu une production agricole lors de l’esclavage, lors du bagne et que de nos jours, seuls les Mhongs assurent presque toute celle ci, pas ou peu de pêche.
Déjà en 1791 un médecin, parle des moyens de mettre la Guyane en exploitation, apparaît alors, le premier projet de « colonie pénitentiaire, inspirée des principes de colonisation anglaise.
La France décida en 185O d’assainir les ports de Brest, Rochefort, Toulon dont les pénitenciers étaient surchargés. En optant pour la déportation, l’état français pensait satisfaire les besoins économiques de la Guyane, tout en oeuvrant à sa colonisation. Cette idée de colonisation par les bagnards s’achève rapidement car la III ème république instaure un régime répressif à l’égard des malfaiteurs. 1852, première arrivée de bagnards à Cayenne. Rappelons que le doublage obligeait les prisonniers à demeurer sur le territoire guyanais, en fait, sur 7O OOO déportés, à peine 3OO s’établissent en Guyane ( mort, évasion) On crée de nombreux bagnes, St Georges, à la montagne d’argent, Mana, îlet la mère, îles du salut, St Laurent du Maroni, le bagne des Anamites.

L’enfer vert du bagne n’est pas une image, leurs conditions de détention étaient difficiles. Les 3 ème classes travaillaient en forêt, travail difficile, peu à manger. Un médecin de St Laurent du Maroni, disait, que suis-je venu faire dans cette galère, je ne puis que constater les conditions d’une mort lente.
Les 2 ème et lère classes étaient privilégiées, commis de cuisine, infirmier, garçon de maison .
les fortes têtes, les récidivistes étaient internés sur l’île St Joseph dans des cellules de 3 m sur 2, à ciel ouvert, le bagnard était exposé à un soleil de plomb ou à des pluies tropicales. Les chemins de ronde sont situés au-dessus des cellules pour surveiller les détenus 24/24 h. Lorsqu’un homme rentrait dans ces cellules, le condamné ne devait plus parler, ne sortait plus de ces 4 murs pendant tout le temps de sa peine.Les condamnations allaient de 6 mois à 6 ans. Beaucoup se suicidaient, d’où la surveillance.
L’île du diable était réservée au début aux lépreux, (avec l’îlet la mère,) puis elle fût réservée aux condamnés politiques, comme Dreyfus, Ullmo, puis à une trentaine d’exilés pendant la guerre 39-45
jusqu’en 1965, on pouvait voir le câble qui reliait l’île du diable à l’île Royale pour envoyer des vivres à Dreyfus.

 

Après 34 ans, nous revenons mouiller aux îles du Salut, une bonne impression, certaines constructions ont été restaurées ou des mesures conservatoires ont été prises. Un petit môle a été construit sur l’île royale et nous abrite un peu de la houle.

 

La Guyane de 1981 et celle de 2015 sont bien différentes. Nous ne ressentons pas ce racisme vis-à-vis de nous, nous ne faisons que passer c’est vrai.
La Guyane qui signifierait « sans nom » en dialecte Guano. La Guyane est le nom que les Indiens auraient donné à la forêt.

Le plus vaste département français. 229 OOO habitants en 2OO9. 30 % de la population serait étrangère et 50 % a moins de 25 ans. On parle le français, créole guyanais, 6 langues amérindiennes, 4 bushinengés, sans oublier les langues de migrations : créole haïtien, portugais, anglais, hollandais, espagnol, hmong, chinois, javanais etc…

Nous finirons notre séjour sur ce territoire d’Amérique du Sud, par St Laurent du Maroni. Nous y sommes accueillis par David et son équipe dans la marina ( corps mort ) SLM. Nous nous apercevons vite que David est navigateur et conscient de nos soucis de vie quotidienne. Les prix sont corrects, de nombreux services sont possibles, y compris recevoir des colis sans payer deux fois les taxes ( TVA et octroi de mer) seule la remontée du Maroni est longue, mais agréable. De nombreuses criques sont à remonter, visite enrichissante du pénitencier, réhabilité vers des objectifs culturels. Nous remarquons, que contrairement à ce qui se dit en France, les Surinamiens ne sont pas mal venus à St Laurent. Lors de la révolte des sergents, il y a même eu des constructions pour endiguer ce flot de réfugiés politiques, et à notre avis, c’est incontournable. Il y a sûrement des trafics, mais on ne voit pas beaucoup de contrôles… C’est la Guyane.
Les brûlis sont interdits, mais au cours de nos visites à l’intérieur, nous ne pouvons que constater, le non respect, autre entrave à l’écologie, la centrale thermique de Dégrad des Cannes qui fume jour et nuit, jouxtant un champ de panneaux solaires ! C’est la Guyane.

Notre escale Guyanaise nous laisse un très bon souvenir, les relations avec la population locale s’étant grandement améliorés depuis notre précédent passage en 1981, La prochaine étape Tobago et nous l’attendons ses eaux claires.

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7 réflexions au sujet de « La Guyane »

  1. Catherine

    salut la compagnie bloavez mad du finistère. Que de belles choses vous découvrez, je n’envie ni les migelles ni les scorpions par contre. Gros Bisous, Carh et Jo

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    1. Morantin

      Blead mad a tout en dud
      Les pauvres mygales sont malheureusement en baisse de population pour cause de trafic et ne sont pour la plupart pas dangereuses, quant aux scorpions, ça dépend de l’espèce. Ces 2 bestiaux n’incommodent que très peu de personnes en Guyane et nous ont laissés en paix, pas comme les moustiques, nonos, taons qui avaient l’air de se régaler de notre sang breton.
      Abraços y besos
      C et JM

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  2. Colette/Georges

    Bien le bonjour du Sud. Magnifique reportage, comme d’habitude. Souvenirs, souvenirs, moments d’émotion pour Ste Marguerite ma préférée , le ponton des tapouilles ( Patrouilleur). Thalasso pour J.M debout/de boue ? Bises .

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    1. Morantin

      C’est vrai que ça a bien changé depuis notre premier passage à cause de l’envasement du vieux port, pour un peu on ne reconnaissait pas le site. J’ai pris une Thalasso lors du carénage, mais sur la photo, c’est Christine qui nettoie
      Bisous
      JM et C

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  3. Denise

    Bonjour à vous et un grand merci de votre magnifique billet de votre voyage. Les photos sont merveilleuses, c’est un régal pour les yeux. Je vous souhaite une belle continuation.
    Mes amitiés.

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    1. Morantin

      Bonne année Denise, Blead mad dans la langue de nos pères et un grand merci pour vos encouragements, maintenant les Antilles, c’est plus touristiques et couru, mais on trouve aussi des gens accueillants et une atmosphère différente sur chacune de ces îles.
      Amitiés
      JM et C

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