Archives mensuelles : août 2015

La traversée Cap-vert Brésil

Cette traversée de 1600 milles nautiques (3000 km) peut se diviser en 3 périodes météorologiques. Tout d’abord la descente vers le sud avec l’alizé, c’est en principe du vent portant, puis la traversée de la ZIC (zone intertropicale de convergence), rencontre de l’alizé de l’hémisphère nord et du sud, caractérisé par des grains orageux entrecoupés de calme avec des vents de tous les azimuts puis l’entrée dans l’alizé de l’hémisphère sud au près dans un premier temps puis devenant plus portant à l’approche du Brésil.

Après avoir assuré l’avitaillement, effectué quelques réparations (soudure du vit de mulet cassé…), configuré le téléphone satellite, nous levons l’ancre de Mindelo le dimanche matin du 7 juin. Le téléphone satellite doit nous permettre de recevoir en mer sur l’ordinateur les fichiers météo et de donner à Raymond et Monique notre position pour l’indiquer sur le blog.

Nous reprenons le rythme des quarts de nuit en alternant toutes les 3 heures pendant la nuit la veille et la barre du bateau. Il faut dire qu’on a vu beaucoup de cargos et quelques bateaux de pêche durant cette traversée.

Les premiers jours, l’alizé n’est pas très constant et nous laisse parfois plantés sur une mer ou la houle s’occupe toujours de nous. Huit jours après le départ, les premiers grains de pluie font leur apparition et ça fait du bien au bateau pour enlever les dépôts marron accumulés au Cap-Vert. Cela faisait plusieurs mois qu’on n’en avait pas eu et là, il pleut des cordes avec 20 nœuds de vent. Les grains et les périodes de calmes se succèdent avec et sans vent et la risée Yanmar nous permet parfois de nous tirer un peu vers le Sud. Nous pêchons un peu pour améliorer l’ordinaire, coryphène et thon.

Traversée de l'Atlanrique : Bonite

Le réservoir est petit et au bout de quelques jours de marche et d’arrêt, pot pot pof, le moteur s’arrête. Nous mettons la panne sur le désamorçage du moteur dû à la houle car nous approchons de la fin du réservoir. Nous vidons les derniers 20 litres du jerrycan dans le réservoir et nous traînons à la voile afin de les garder pour l’arrivée. Comme les ennuis n’arrivent jamais seuls, ce soir du 16 juin, le génois tombe sur le pont, la manille qui le fixait a dû s’ouvrir mais le coulisseau et la drisse sont restés en tête de mât, un peu découragés nous affalons tout et attendons jusqu’au petit matin. Il faut monter en tête de mât, mais une forte houle avec un vent dans le pif nous en dissuade. Nous tirons des bords plats toute la matinée sous trinquette et grand-voile histoire de ne pas reculer. A midi la houle quoiqu’encore assez forte me fait prendre la décision de monter au mât pour descendre le coulisseau. Pour éviter d’être trop remué là haut le moteur est mis en marche le temps de la manœuvre pour maintenir le bateau face à la houle principale. Après avoir enfilé le harnais, Christine m’assure avec la drisse de grand-voile et je commence à gravir les marches du mât en serrant dans les plus importants balanciers, le mât. Arrivé au deuxième étage de barre de flèche, 10 mètres au-dessus du pont, le moteur s’arrête et le bateau se met en travers accentuant les mouvements de roulis. Je continue péniblement à monter les derniers mètres et croche sur le coulisseau un petit bout. La descente a été plus rapide, et c’est avec satisfaction que je rejoins le pont du bateau, avec quelques bleus, exténué, mais en un morceau.

poisson volant

Une visiteuse éphémère

Une visiteuse éphémère

Nous réparons le génois et remettons en route dans l’après-midi toujours dans les grains entrecoupés de calme. Le 20 juin, ça sent les alizés, les grains éclatent encore un peu mais loin derrière avec quelques éclairs et nous gagnons au Sud dans un vent qui adonne et se renforce au fil des jours. Dans la matinée du 21, nous passons dans l’hémisphère Sud et pour fêter l’évènement, le coq a hardiment, faut dire que ce n’est pas facile avec la houle, fait un gâteau. Nous passons au large des îles Sao Paulo et Pedro et mettons le cap sur Jacaré. Il fait chaud l’après-midi, les gros grains ont disparu et nous approchons peu à peu du Brésil. En fin de nuit du 26 juin, nous apercevons les premiers feux de la côte et atteignons en fin de nuit les premières bouées du chenal de Cabedelo. Comme il est étroit, nous essayons de mettre le moteur en actionnant la pompe à main, niet il ne marche pas. Nous devons donc tirer des bords dans le petit chenal afin de rentrer pour réparer le moteur car ici avec la houle du large c’est impossible. Après une à deux heures de louvoiement, nous entrons dans le baie de Cabedelo et mouillons au sud d’une petite île, la Restinga. Oh étrange, plus de houle, quel bonheur après une vingtaine de jours de barattage. Nous décidons d’un commun accord que la première chose à faire est de prendre un bon petit déjeuner. Quelques barques et petits ferries passent à côté de nous en nous souhaitant le bonjour.

Ce n’est pas le tout, mais le moteur est toujours en panne et nous devons remonter jusqu’à Jacaré quelques milles plus haut, impossible d’amorcer le circuit de gasoil. Le démontage commence, Christine se fait petite souris, malgré mon absence de jurons et mon calme, mais elle est anxieuse chaque fois que je fourre mon nez là dedans, imaginant toujours le pire. Je démonte les durites jusqu’à arriver à celle du réservoir. J’aspire, rien ne sort bien qu’il y a au moins 20 litres de carburant. Le tuyau est bouché !, mais par quoi ? Un fil électrique rigide est passé à l’intérieur et arrive enfin à le traverser. Dans le fond du réservoir, je recueille des espèces d’algues dans une boue marron foncé. Dans le mauvais gasoil, ces algues arrivent à proliférer grâce à l’eau qui s’y trouve. Après un nettoyage au mieux, suivi d’un réamorçage en aspirant parfois, que c’est mauvais le gasoil, teuf teuf le moteur repart pour nous emmener contre le courant jusqu’à Jacaré où nous mouillons et apprécions le calme et la première nuit complète depuis un bon moment.

Cette traversée s’est finalement bien passée, quand on lit le récit des autres navigateurs, qui parlent de grains avec fort vent, et qui durent des jours et des jours, avec des calmes et cette ZIC appelée aussi pot au noir qui dure et qui dure. La nôtre a duré 19 jours. Le captain avait bien préparé la traversée, certes, les fichiers de météo donnant un pot au noir peu large. Nous sommes restés dans cette zone à peu près 8 jours, avec des grains de pluie torrentielle, sans vent. Un seul grain nous a donné du vent à 30-35 nœuds et a duré quelques heures, en nous laissant une mer hachée. De plus, depuis que nous avons la barre hydraulique, le Kan Er Mor est équilibré au près et au travers, quand la mer est belle et il nous suffit de donner un petit coup de barre de temps à autre. De quoi se plaint-on. D’accord, c’est un peu difficile de faire les repas, mais c’est bon pour le régime. Il faut voir les côtés positifs…

 

Le chat du bord s’y fait bien lui. Il faut dire qu’il y a de la visite. Une petite hirondelle, qui est venue, bien familière, que nous avons mise dans la cabine, nous avions peur de la réaction de Torpen, car elle rentrait dans le carré. Malheureusement, le lendemain elle était DCD. C’est souvent ainsi. Nous avons vu des dauphins, des phaétons, et près des côtes du Brésil, des oiseaux marins, que nous n’avons pas chez nous qui ne venaient que la nuit, et qui eux aussi étaient familiers, chantant, signalant leur présence. Torpen était fou, et a fini par en tuer un et le manger, juste derrière mon dos. Je n’ai pas trop aimé. Quant aux poissons volants, il s’est bien régalé, nettoyant le pont avec plaisir.

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